Cultiver sa vie

La Terre qui soutient. Trouver la sécurité, l’enracinement. Le deuxième spray aurique sent tellement bon. Je le vaporise autour de moi, me connecte et laisse mes doigts courir sur le clavier.

Cette semaine, énergie variable. J’ai commencé la semaine complètement à plat. Encore en récupération de la semaine passée avec quelques nuits courtes je crois. Puis mercredi, magnifique rencontre stimulante pour mettre en place la prochaine retraite.

Histoires d’énergie

A quoi ça tient, ces histoires d’énergie?

Je suis dans une phase de ma vie où je ne peux plus tricher. Je peux prendre soin de moi, cultiver les conditions favorables à l’élan, la motivation, l’action légère, inspirée et diablement efficace. Mais comme le jardinier, je ne peux pas forcer la météo. Avant, je crois que je pouvais. Je pouvais invoquer l’énergie nécessaire pour avancer même si au départ elle n’était pas spontanément présente. Aujourd’hui, je peux cultiver, je ne peux plus forcer.

Quelle chance! Et quelle adaptation ça demande. Notre société fonctionne sur l’illusion de la linéarité, de la productivité sans coût énergétique, de la dette énergétique. Au niveau écologique, clairement. Et au niveau personnel aussi. On nous apprend à puiser dans notre énergie, encore et encore, toujours plus, plus vite, plus fort. Quand est-ce qu’on nous apprend à prendre soin de notre énergie, la renouveler, la cultiver pour qu’elle continue à offrir une récolte abondante?

Le monde professionnel fonctionne encore en mode « culture intensive », alors que c’est clairement la permaculture qui nous permet d’aller tellement plus loin. On passe notre temps à poursuivre des rêves qui ne nous apportent pas la satisfaction souhaitée une fois atteints. A courir après des chimères, des injonctions sociétales qu’on a intégrées et faites siennes. Réussite professionnelle, gros revenu, poste prestigieux, grande villa, vacances fréquentes et lointaines, famille ordrée, maison de magazine, silhouette ferme, peau tendue et halée, and so on and so forth.

On court, on grimpe, on ravale, on expose notre vie en papier glacé et on cache, y compris à soi-même, tout ce qui nous semble faire désordre. Les émotions, les ruptures, les échecs, les coups de mou, les doutes.

Ralentir et savoir

Et si on réécrivait notre histoire? Si on changeait de narration?

Commençons pas nous déposer. Hhhha. Sentir le bassin qui se dépose sur la chaise, la colonne qui se dépose sur le bassin, les épaules qui redescendent, les bras qui se relâchent. Respirer. Prendre le temps de respirer. Ressentir. Ralentir et ressentir. S’arrêter. Quelques instants. Laisser le tourbillon se déposer. Hhhhaa. Souffler. Expirer. Soupirer profondément. Pas un soupir de lassitude ou d’exaspération. Un soupir de régénération.

Waow! Comme c’est bon. Ce silence intérieur, ce temps suspendu, ce temps de rien. Quelques instants. Le temps de sentir à nouveau. Le temps d’entendre son coeur, son âme nous susurrer ce qui l’anime. Le temps de laisser notre être nous guider. Le temps de savoir.

Savoir ce qui est bon là, maintenant. Savoir ce qui est nourrissant, là, maintenant. Savoir ce qui est juste et joyeux, là, maintenant.

Du savoir à la confiance

On a appris à vouloir un plan complet et détaillé de l’entier du chemin, du point de départ à l’arrivée, avant de démarrer. On a appris à vouloir maîtriser, contrôler, prédéfinir chaque étape, prévoir, anticiper. On a oublié de prendre le temps de savoir.

Savoir est quelque chose qui émane de notre âme, notre coeur, notre intuition, la part de soi qui sait, notre petite voix intérieure. Ce sont tous des synonymes pour moi. Savoir implique de la présence pour écouter le message, ressentir l’élan, percevoir l’idée. Et quand on a capté l’envie, savoir demande de la confiance.

Confiance parce que la guidance de l’âme ne ressemble en rien à une road-map détaillée et démontrée par A+B. Notre coeur nous guide à travers les paysages verdoyants de notre cerveau droit, créatif et global. Notre intuition nous invite à faire des choses qui n’ont (souvent) aucun sens pour notre cerveau gauche analytique et logique. Et comme tu le sais, les cours de maths ont beaucoup plus de poids que les cours de dessin. Depuis tout petit, on nous inculque que les compétences liées au cerveau gauche sont bien plus importantes et nécessaires que celles liées au cerveau droite.

Au point que là, quelques décennies plus tard dans notre vie, suivre le chemin créatif et irrationnel sur lequel nous invite notre coeur semble carrément contre-intuitif. C’est un comble, non? On en est venu à considérer notre intuition comme contre-intuitive!

Cultiver la confiance

La confiance est fondamentale. Et comme tout, elle se cultive. Non pas à travers des exercices mentaux, mais à travers le corps. Se déposer. Ressentir la terre nous porter. Oser respirer, s’arrêter un instant. Expérimenter dans le corps le ralentissement, la détente, la présence, hhhaaa. Et depuis cet espace, on peut commencer à lâcher-prise. Juste un instant.

L’injonction du lâcher-prise est totalement vide si on ne lui associe pas la confiance. Dans notre monde qui glorifie le mille à l’heure et la réussite extérieure, ralentir pour écouter notre petite voix nous murmurer le prochain pas demande d’aller à contre-courant. Le contrôle est un symptôme, une manière de s’exprimer de la peur.

Dans mes cours de Yin yoga, je rappelle toujours que l’inconfort est ok, mais qu’on ne tolère pas la douleur. Il y a une manière très simple et pragmatique de distinguer facilement l’un de l’autre. Dans l’inconfort, on arrive à se détendre et progressivement, la posture devient confortable. Dans la douleur, on est crispé, tendu, on n’arrive pas à relâcher. Or tout l’art du Yin repose sur se déposer.

Dans le corps, le contrôle a le même genre de signature que la peur. C’est crispé, tendu, tenu, rigide. Souffle. Respire, relâche. Là. En te déposant, tu peux contacter le lâcher-prise, littéralement. Tu lâches les tensions, même juste un instant. Tu sens comme c’est bon? Mmmhhh. Tu es soutenue par la Terre Mère, portée par la gravité. Tu peux te déposer. Profondément. En toute confiance.

Un corps détendu

Depuis cet espace de présence détendue, tu peux écouter, ressentir, laisser émerger depuis ton coeur l’élan qui t’anime. Que te dicte ton âme? De quoi as-tu soif juste là? Prends-en note. Puis laisse venir une toute petite action qui honore cette inspiration. Une action aussi grande que prendre 3 respirations profondes, ou te lever et t’étirer, ou mettre un message de gratitude à une personne chère, ou ouvrir ton agenda et planifier un temps pour toi dans la semaine à venir. Quelque chose qui prend une poignée de secondes, guerre plus. Et qui fait toute la différence.

Tu as ralenti, respiré, t’es déposée suffisamment pour écouter ta petite voix, puis tu as posé une action concrète qui honore sa guidance. Voilà. Ca suffit pour aujourd’hui. Et demain, tu répètes. Tu appliques la règles des 3R-5C « Répéter, répéter, répéter. C’est con mais c’est comme ça ». Et à force de répéter, la confiance augmente, l’habitude s’installe, le corps se souvient, le lâcher-prise devient naturel.

Hmmm. Respire. Savoure. Et repars dans ta vie avec tellement plus d’énergie qu’il y a quelques minutes.