La vie passe par là
Ce matin, comme tous les matins, mon fils est parti au travail. Et il est rentré une demi-heure après en me disant: j’y arrive plus, je crois que j’ai besoin d’aide.
Comment soutenir un jeune qui a la vie devant lui, regarde les options « standards » (métro-boulot-conso-dodo) et se sent pris au piège d’un jeu auquel il n’a pas envie de jouer? Comment accompagner un jeune qui s’éveille, entrevoit que ce qui est important ne correspond pas ce qui est mis en avant, et ne sait pas comment sortir de cette mascarade?
Mon cœur de maman est triste et fier à la fois. Triste de voir mon bébé se prendre les revers de la vie en pleine poire si jeune, triste de le voir désemparé et épuisé, triste de ne pas avoir le super-pouvoir de le protéger de tout ce qui fait mal. Et fier! Fier de percevoir sa profondeur à travers ses questionnements, fier de sentir son potentiel d’épanouissement en commençant son propre chemin de réflexion et d’éveil si jeune, fier de l’entendre demander de l’aide.
Tu as forcément déjà entendu le fameux dicton: « petits enfants, petits problèmes; grands enfants, grands problèmes ». Ben voilà, c’est à ça que ça ressemble dans le concret.
Je suis coach et thérapeute, je suis prof de yoga et entrepreneure, j’ai accumulé une tonne d’expérience et d’expériences qui m’ont amenée à l’excellence dans le domaine de l’accompagnement. Si je t’imagine te présenter à une séance avec ces mots – je n’y arrive plus, je crois que j’ai besoin d’aide – je sens le feu s’allumer en moi. Je suis à ma place, je sais t’accompagner, je prends ce qui vient, tout ce que tu apportes et en tisse un pont pour t’aider à traverser jusqu’à l’autre rive.
Commencer par le commencement
Sauf que là, ce n’est pas une cliente qui me sollicite en tant que coach. C’est mon fils, je suis sa maman. Et accessoirement, je suis coach aussi. Alors j’ai commencé par le commencement: le choix des mots.
Les mots ne sont pas que des mots. Ils définissent et commentent le regard qu’on porte sur nous-même et sur le monde, et où se pose notre regard.
Ses mots parlaient de honte, j’ai détourné son regard vers la fierté. Quand quelque chose ne va pas, c’est tellement facile de faire un arrêt sur image et rester bloqué·e sur cette mini-séquence. Pourtant, dès qu’on élargit le champ de vision, on voit tout un paysage qui offre un point de vue différent sur ce qui ne va pas et que là, en cet instant, on utilise pour se juger négativement. On distingue les tentatives, les recherches de solutions et les bifurcations, on voit les efforts et les limites, on reconnait les ressources et la créativité dont on a fait preuve.
Changer de focale pour interpréter différemment
Il y a certaines situations spécifiques dans lesquelles regarder de très près est un atout – voire une nécessité. C’est par exemple le cas de l’horlogerie. Mais dans la vie, changer de focale est souvent plus intéressant. Si tu regardes une situation de près et en déduis un jugement négatif sur toi-même (honte, incapacité, inutilité, …), essaie de prendre du recul et voir plus large. Si au contraire tu utilises la vue globale pour te traiter de moins que rien, alors effectue un zoom avant.
L’idée n’est pas de nier la réalité et se mentir. Le but est de favoriser une interprétation différente de ce qui est perçu. Parce que la réalité, en tant qu’entité autonome, n’existe pas. Il y a ma réalité, ta réalité, des milliards de réalités, et toutes sont le fruit d’une perception passée au filtre de notre interprétation du moment. Quand on comprend que ce qu’on perçoit dépend de nos croyances (je vois ce que je crois, et non l’inverse), et que notre interprétation dépend d’une multitude de facteurs allant de ce qu’on a mangé la veille à l’expérience de nos ancêtres en passant par notre projection du futur, on se détend face à une éventuelle peur de manipuler la réalité.
En changeant de focale, on fait entrer de nouvelles perceptions dans notre équation – celle qui avait abouti à notre jugement négatif. On choisit de mettre dans l’équation une plus grande variété de données, ce qui conduit inévitablement à un résultat différent. Et comme tout bon protocole de recherche te le fera remarquer, plus l’échantillon est large, plus le résultat est fiable.
Dans le cas du zoom avant, on quitte un effet pot pourri (sans – ou avec – jeu de mots) pour extraire les données par petit groupe, les structurer, les ordonner, leur redonner du sens. Si on reprend la métaphore de l’équation, c’est comme si on venait simplifier pour éliminer tout ce qui est redondant et n’apporte rien que du flou et des risques d’erreur.
Se parler avec douceur
Changer de focale et interpréter différemment sert un but précis et fondamental: la manière dont on se parle. Se parler avec douceur est une des bases incontournables pour créer une vie qui nous donne envie d’être vécue. Et pourtant… je vois tellement de clientes se traiter pire que tout. Bien souvent, elles reconnaissent que jamais elles ne parleraient comme ça à quelqu’un d’autre, même pas leur pire ennemi.
Alors pourquoi diable le faire envers soi? Ne devrions-nous pas être nos meilleur·es allié·es, nos premiers soutiens?
Reprendre son pouvoir passe par se parler avec douceur. C’est comme si on faisait office de maman-câlin, de nid douillet dans lequel on peut se déposer et reprendre des forces. Se parler avec douceur nous permet de nous offrir cet espace de sécurité et de ressourcement de manière autonome.
C’est ce que j’ai fait avec mon fils. Choisir de regarder les espaces de fierté, de partir de ce point de vue, est une manière de se parler avec douceur. À partir de cet espace, on peut porter un regard neuf, plus compatissant sur les aspects inconfortables qui envahissaient tout avec leur goût de honte. Dans cette douceur, on peut respirer et se repositionner face aux défis que nous présente la vie. Grâce à ce cocon de bienveillance, on retrouve la capacité de décider, faire des choix, assumer, se tenir droit·e. Peut-être pas immédiatement. Parfois, il faut un intermède plus long pour reprendre son souffle. C’est ok. En prenant le temps nécessaire, on s’assure de repartir debout, le coeur ouvert, le corps détendu. Avant, on rampait sous le fardeau de ce qu’on avait l’impression de subir. Après, on se redresse et on avance avec responsabilité parce que notre prochain pas a été choisi. Un choix conscient.